Les Pays-Bas en plus d'être l'autre pays du fromage sont aussi le sanctuaire des graphistes. Cette réflexion ironique ne dissimule qu'idiotement le vrai bouillonnement de pensée dans les domaine du design graphique hollandais. Entre des studio comme Metahaven ou Mevis and van Deursen, des figures historiques comme Karel Martens ou Jan van Toorn, existe tout un pan du graphisme haut de gamme dont Thonik semble être un des meilleurs représentants. La galerie Anatome ne s'y trompe pas qui propose une retrospective du travail du studio de Thomas Widdershoven et Nikki Gonnissen.
Le site du studio propose d'ailleurs à ses visiteurs de fabriquer eux-mêmes leur catalogue rétrospectif. Un vrai challenge quand on y pense! Thonik sera aussi visible à l'Institut Néerlandais, rue de Lille. Plusieurs conférences ont ou auront lieu: Graphic Design & Marketing (3 Février, Institut Néerlandais), Débat autour de la Revues Parlées (12 Février, Centre Pompidou).
Johannes Nadeno, exposition Strukturen in Norwegen, galerie Mikro
Johannes Nadeno, Hytte, Hellesy, 2008 (image galerie Mikro)
Agata Madejska, Gefäß, de la série Nocturnes, 2005 (galerie Mikro)
Agata Madejska, Litschis, de la série Nocturnes, 2005 (galerie Mikro)
Agata Madejska, Rutsche, de la série Nocturnes, 2005 (galerie Mikro)
Jan Faßbender, de la série Just a, 2005 (galerie Mikro)
Jan Faßbender, de la série Just a, 2005 (galerie Mikro)
La galerie allemande Mikro (Düsseldorf) est une niche incroyable pour qui s'intéresse à la photographie contemporaine. Tous les genres s'y rencontrent même si une préférence semble être apportée au choix des artistes exposants dans la galerie. Deux articles du Goethe Institute peuvent vous aiguiller, l'un parle de la Renaissance des sujets classiques tandis que l'autre pose la question de l'Original dans la photographie. Faites votre choix!
«Le projet Save Manhattan 03 est une réflexion sur les attentats du 11 septembre 2001. Il se compose de trois éléments distincts, Save Manhattan 01, Save Manhattan 02 et la version finale de Save Manhattan 03, présentée pour la première fois lors de la biennale de Venise 2007. Save Manhattan 01 (2003-04), était construite avec de nombreux livres écrits suite aux événements du 11 septembre, à l'exception de deux exemplaires du Coran. Les livres étaient disposés sur une table de façon à ce que leur ombre projetée sur le mur dessine la ligne d'horizon de Manhattan telle qu'elle était avant le 11 septembre. Les deux exemplaires du Coran recréent ainsi l'image spectrale des tours jumelles» (en lire plus...)
Payam Sharifi en plus d'avoir dirigé un module appelé l'Idiot Global (The Globalized Idiot) au département d'Architecture du Royal College of Art, est aussi un formidable auteur dont le travail ironico-subtil au sein du groupe Slavs and Tartars est une invitation à décentrer un peu plus l'Europe et pousser les investigations vers ses frontières extrêmes.
Affiche du film de 1956, Ma Vie Commence en Malaisie (1956) (image: notrecinema.com)
«Découvertes de films parmi les plus récents, rencontres avec les cinéastes invités, âge d'or du cinéma classique malais à travers ses icônes, ses auteurs oubliés et ses films de genre: le Centre Pompidou vous invite à partager deux mois et demi de cinéma (120 séances) en venant à la rencontre d'un territoire de cinéma moderne et passionnant, méconnu en France.» Vous pouvez téléchargez le programme du Centre en cliquant ICI.
Pourquoi voir Tetro? Peut-être parce que Coppola avoue avec malice qu'il est le réalisateur se documentant le mieux de toute l'histoire («I'm the most documented movie director in history»). Et que forcément un film plein d'influences avec Vincent Gallo c'est un peu l'objet indispensable quand on veut commencer à découvrir la filmographie de l'homme à la chemise mauve sur l'escalier...
Alejandro Lo Celso, Q, typographie Pérec / Peter Bil'ak, A, typographie History 01+03+11 (image Pixelcreation)
La revue d'art contemporain Livraison se penche pour ce treizième opus sur les rapports entre. Entre langage et typo. Entre mots et signes. Avec des textes de Roxanne Jubert, Peter Bil'ak ou encore Jean-Baptiste Levée, c'est une mine hallucinante que je vous recommande vivement. Vous pouvez accéder à plus d'images sur le site de pixelcreation. Mais vraiment. Lisez Livraison!
Je dois remercier Jean-Jacques Birgé pour la redécouverte des films du réalisateur arménien Artavazd Pelechian qui fut le co-disciple à la fin des années 60 d'Andrei Tarkovski au VGIK de Moscou. Le site officiel de Pelechian, dont le rédacteur en chef est l'excellent Pierre Arbus, retrace admirablement son parcours atypique. On y lit notamment des extraits de son livre Mon Cinéma. Il y est question du positionnement de Pelechian face au modèle Vertovo-Einseinsteinien, si l'on peut dire. Un modèle qui était une manière de comprendre le montage comme moyen de créer une juxtaposition réciproque (ce que Vertov appelle «un intervalle»). Pelechian s'en éloigne et propose un «montage à contrepoint». Comme il l'explique: «C'est lors de mon travail sur le film Nous que j'ai acquis la certitude que mon intérêt était attiré ailleurs, que l'essence même et l'accent principal du montage résidait pour moi moins dans l'assemblage des scènes que dans la possibilité de les disjoindre, non dans leur juxtaposition mais dans leur séparation. Il m'apparut clairement que ce qui m'intéressait avant tout ce n'était pas de réunir deux éléments de montage, mais bien plutôt de les séparer en insérant entre eux un troisième, cinquième, voire dixième élément. En présence de deux plans importants, porteurs de sens, je m'efforce, non pas de les rapprocher, ni de les confronter, mais plutôt de créer une distance entre eux. Ce n'est pas par la juxtaposition de deux plans mais bien par leur intéraction par l'intermédiaire de nombreux maillons que je parviens à exprimer l'idée de façon optimale. L'expression du sens acquiert alors une portée bien plus forte et plus profonde que par collage direct. L'expressivité devient alors plus intense et la capacité informative du film prend des proportions colossales.»
Pelechian travaille avec les images comme avec une partition de musique. La distance se crée par cette adjonction de différentes notes entre les morceaux principaux. Il ne s'agit pas tant de créer du lien que de faire de l'entre. Dans le film The End (1991), Pelechian suture les plans trouvés d'un voyage en train pour évoquer une vision plus vaste de la vie qui passe. C'est justement cet éloignement dans la proximité de plus en plus intangible des plans qui fait toute la saveur des films de Pelechian. On l'a appelé le poète, ce n'est sans doute pas pour rien. Il aurait pu faire sienne la devise mallarmienne qui voyait la poésie non comme une suite de mots mais plutôt une suite de blanc. Et cette suite d'espaces faussement neutres font le poème.
John Baldessari, de haut en bas: Hand or Feet (part one): Duck Feet / Swimfin (2009), Cane / Knife (2009), Skateboards / Tiger (2009) / Snake / Hanging Person (2009)
En octobre-novembre dernier, la galerie Marian Goodman Paris présentait le travail récent de John Baldessari; elle est à mettre en écho avec la grande rétrospective qui a eut lieu à la Tate Modern et qui sera bientôt visible au Macba de Barcelone. En 2011 un Catalogue Raisonné de plusieurs volumes cartographiera le travail de Baldessari. Le premier volume qui couvre la période prolifique de 195 à 1978 sortira au printemps 2011.
Cette manière de fabriquer les images est assez proche du cinéma. On sait que le montage, que le sectionnement, la rupture, le collage sont des moyens propres à la narration cinématographique (qu'elle soit littérale ou expérimentale, une image vient toujours après une autre). C'est donc «l'entre» qui pourrait intéresser Baldessari. Cet espèce d'infra-mince sublimé par Duchamp qui pourrait signifier un hors-champ interprétatif pour le spectateur. Car encore plus que son intérêt pour le lien entre photographie, peinture et sculpture, ce qui marque chez John Baldessari c'est ce questionnement permanent de l'entre-deux. Ses images ne sont pas totalement des photographies ni complètement des peintures. Ses textes ont l'apparence du langage mais ne font que l'évoquer au travers du geste d'un peintre de signes. Et ses identités effacées prouvent que les blind spots peuvent devenir vecteurs de refabrication.
Véritable pape de la citation et «disgresseur» devant l'éternel, John Baldessari n'est pas si différent que son contemporain suisse Jean-Luc Godard. Tous deux re-fabriquent une réalité qui aurait pu épuiser la peinture et se laisser séduire par les nouvelles techniques de reproduction. C'est pourtant au travers de ces appareils de reproduction que Godard et Baldessari font la preuve de leur véritable classicisme révolutionnaire face aux images. Des images entre qui ne racontent pas forcément ce qu'elles montrent mais qui restent des images qui se montent et provoquent ce qu'Einsenstein appelait des «crash», ce moment où le montage crée un accident et où le langage visuel devient forcément autre.
Ainsi la fameuse phrase de démarrage d'Alphaville (1965): «Il arrive que la réalité soit trop complexe pour
la transmission orale. La légende la retransmet sous une forme
qui permet de courir le monde». Godard, comme Baldessari, utilise les outils de la modernité pour montrer à voir et pour parfois cristalliser cette légende. À moins, comme l'écrit Alexandre Fontaine Rousseau, que cette légende ce ne soit l'outil lui-même. Un outil dont la forme informe. Une forme en quelquesorte hybride et symbiotique. Les oeuvres de Baldessari, les films de Godard sont des objets entre comme les images qu'ils présentent.
Dans leur utilisation d'images trouvées et de citations, les approches de Godard et Baldessari peuvent aussi faire penser aux recherches visuelles de Bruce Conner (merci B!). Là aussi les juxtapositions les plus curieuses se mettent en place dans des séries de collage que n'auraient pas renier les avant-gardes. Des relations se tissent alors comme une sorte de constellation ad infinitum. Conner n'hésite pas non plus à citer, comme si cette pratique était celle d'un vingtième siècle en perpétuel démonstration; un vingtième siècle qui s'auto-pastiche dans une démarche postmoderne typique mais qui n'oublie pas de dévorer ses propres entrailles et de les regurgiter comme autant d'images d'images et de textes de textes.
Bruce Conner, Mary Anointing Jesus With The Precious Oil of Spikenard, 1987-2003 (from Magnolia Editions)
Bruce Conner, Bombhead, 1989-2002 (from Magnolia Editions)
Conner ,bien qu'ayant participé à l'exposition Beat Culture and the New America: 1950-1965 au Walker Art Center, reste facilement inclassable et c'est uniquement par association que son travail est ici évoqué à la lumière de celui de Baldessari et plus obliquement celui de Godard (à moins peut-être de ne se concentrer que sur les Histoire(s)). Né au Kansas, Conner sera ultérieurement associé à la renaissance de la poésie et des arts visuels qui frappe San Francisco dans les années 50. Mais c'est surtout au mouvement contre-culturel qu'il s'attache au début des années 60. Véritable sismographe de l'esprit américain, son travail polytechnique, influencé par les émigrés des années 40 se situe là-aussi entre. Entre une dénonciation pacifiste et une exploration expérimentale. Entre le collage et la peinture. Le dessin et le film.
Bruce Conner, Photographic Copy of the Right Hand of Bruce Conner, from the series PRINTS, 1974 (Collection SFMOMA, Gift of William Nicolas Conner, Wichita, Kansas)
L'oeuvre la plus curieuse de Bruce Conner reste son film subtilement intitulé A Movie (1958). Montage d'archives (rappelez-vous aussi Imitation of Life d'Hoolboom), bricolage énergique, tout évoque ce que deviendra le format vidéo-clip et les années de gloire de MTV. A Movie est aussi, selon les dires de son réalisateur, un travail de voleur, un acte «pseudo-criminel» si peu éloigné de la peinture qu'il s'approprie lui-aussi les objets: «vous volez les expériences passées que tout le monde a eut... vous construisez au-dessus de cette gigantesque pyramide qui a des millions de corps morts à sa base». Le SFMOMA, qui a longtemps tenu Conner en non-odeur de sainteté, décrit A Movie comme un «jeune vieux film». En 1959 il faisait pourtant son âge mais semblait alors plaider pour une archéologie du progrès et une élégie de la modernité à la sauce américaine. La dernière image, celle d'un plongeur fusant dans la carcasse immergée d'un vieux navire, peut enfin évoquer cette quête actuelle pour la modernité comme une ruine...
Bruce Conner, still from A Movie (1958)
Jean-Luc Godard, still from Week-End (1967) (merci Ilest5Heures)
John Baldessari, What is Painting, 1958 (MoMA, New York) (thanks to Marie Bouchet)
Du 5 Février au 30 Mai 2010, la Villa Arson présente Double Bind, une exposition sur les dysfonctionnements du langage. Commissaires de l'expo: Dean Inkster, Eric Mangion et Sébastien Pluot.
«Malentendu, altération, incompréhension, aporie, confusion ou contresens, sont autant de dysfonctionnements ou d'anomalies - discrets ou manifestes - qui modifient en permanence le cours et la teneur de nos échanges. Pourtant, depuis le mythe babylonien d'une langue unique et universelle, jusqu'aux théories des correspondances, et plus récemment l'idéologie positiviste d'une traduction sans perte aidée par l'informatique, la quête d'une communication transparente traverse chaque époque. Quatre ans après l'exposition Transmission1, le Centre national d'art contemporain de la Villa Arson revient sur le rapport entre art et communication avec une exposition intitulée Double Bind / Arrêtez d'Essayer de Me Comprendre. Il s'agit cette fois d'interroger la complexité des langages qui fait de la communication une entreprise singulière toujours renouvelée par les interprétations et les traductions. L'expression double bind se réfère ici à la double contrainte que toute traduction, selon le philosophe Jacques Derrida, impose comme impératif: la nécessité et l'impossibilité sont contenues dans tout énoncé linguistique, de la transposition d'une langue à une autre. Si un énoncé fait nécessairement appel à la reconnaissance, la compréhension, et l'interprétation (sa traductibilité), il demande également que l'on respecte ce qui en lui échappe à la traduction, la part intraduisible qu'il recèle et qui constitue son caractère propre ou unique, son idiome. L'injonction Arrêtez d'essayer de me comprendre! se réfère au psychanalyste Jacques Lacan et à la réponse qu'il aurait faite à l'un de ses auditeurs trop soucieux de vouloir saisir le sens de chacun de ses propos. Il s'agit, en l'occurrence, d'un exemple classique du double bind tel que l'a théorisé l'anthropologue Gregory Bateson dans les années 1950: le destinataire d'une telle injonction ne pouvant y répondre sans y déroger, est placé dans une situation de dilemme et d'incertitude. Les oeuvres présentées dans l'exposition révèlent diverses stratégies de transposition qui prennent en compte les effets d'altération et de distorsion qui surviennent dans la construction et le partage du sens: que ce soit dans le discours, dans le passage d'une langue à une autre, d'un médium ou d'un outil technologique à un autre, ou bien encore, à travers diverses formes de codifications. L'exposition témoigne ainsi d'une conception de l'art opposée à l'idéale d'immédiateté et de transparence de la pensée, chaque oeuvre affirmant à sa manière la discordance entre signe et référent, signification et sens, comme un élément inhérent au langage. La traduction est donc ici à comprendre au sens large, comme ce qui désigne non pas un simple outil de transmission inter-linguistique, mais un processus formel, voire un moyen créatif, dans la conception et l'interprétation de l'œuvre.» -(texte sur le site de la Villa Arson)